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L’Eglise et les migrants : Laurent Dandrieu pose les bonnes questions

Paravenirdelaculture- Publié le 29 juin 2017

L’Eglise et les migrants : Laurent Dandrieu pose les bonnes questions

Le dernier ouvrage de Laurent Dandrieu, rédacteur en chef des pages « Culture » à Valeurs Actuelles fait l’effet d’une bombe dans le monde catholique français : « Église et immigration, le grand malaise : le pape et le suicide de la civilisation européenne. »

L’auteur constate qu’il y a cinq siècles, l’Eglise catholique, et notamment la papauté, constituait le « fer de lance de la résistance à l’avancée musulmane » à travers la mise en place de la Sainte Ligue qui défit les Ottomans à Lépante. A contrario aujourd’hui, les papes semblent avoir renoncé à la « résistance acharnée qu’ils ont menée durant des siècles contre toute velléité d’islamisation de l’Europe ». Le Pape François apparaît même de jour en jour comme l’un des plus fervents défenseurs de ceux que l’on appelle indistinctement les « migrants ». Dans une interview au site Atlantico, M. Dandrieu explique que « deux phénomènes se conjuguent pour arriver à ce résultat : d’abord, une position de l’Eglise très favorable aux migrations, qui sont le vecteur historique emprunté par l’islam ».

Dès le pontificat de Pie XII les documents du magistère de l’Eglise commettent « deux erreurs fondamentales qui vont biaiser son discours depuis l’origine ». D’après Laurent Dandrieu, la première erreur est de « considérer les migrations quasi exclusivement du point de vue des migrants, et d’un “droit à migrer” dont la portée va peu à peu être étendue – au point que Benoît XVI en vient à parler de “la faculté pour chacun de s’établir là où il l’estime le plus opportun” comme un droit humain fondamental ». La seconde erreur est de « mêler les plans politiques et eschatologiques, et de voir dans le phénomène migratoire l’image même du plan de rédemption que Dieu a pour l’homme, comme le dit Jean-Paul II, ou selon le mot de Benoît XVI “la préfiguration anticipée de la cité sans frontières de Dieu”. »

De ces deux erreurs l’auteur constate qu’il en résulte que « si le droit des Etats à réguler l’immigration est en principe reconnu, en pratique toutes les politiques qui tentent de mettre en œuvre cette régulation sont condamnées comme l’expression d’un manque d’ouverture, d’une infidélité à l’esprit d’accueil du christianisme ». Evidemment, une telle approche est une aubaine pour l’islam « qui a tout loisir de renforcer massivement sa présence en Europe, avec la bénédiction de l’Église ».

A cette approche obstinément positive des migrations, s’ajoute un regard erroné sur l’islam de la part de la hiérarchie ecclésiastique. M. Dandrieu regrette que « depuis les années 1960, l’Eglise est entrée dans une phase active de dialogue interreligieux qui, en ce qui concerne l’islam, me paraît fondamentalement vicié parce qu’il ne se fait pas dans un esprit de vérité : sous prétexte de préserver les “fruits de ce dialogue” – qui sont en réalité inexistants – on en est venu à tenir un discours angélique sur l’islam, qui nie son problème avec la violence et qui fait l’impasse sur son incompatibilité avec les valeurs occidentales ». « La question civilisationnelle n’est tout simplement jamais posée », déplore le journaliste et écrivain.

Evidemment ce discours de la hiérarchie catholique a un impact sur les fidèles. Laurent Dandrieu redoute « un énorme pouvoir d’intimidation ». « Depuis des années », rappelle-t-il, « on nous fait croire dans l’Eglise qu’être opposé à l’immigration de masse c’est être contre l’Evangile, contre la parabole du bon Samaritain et la parole du Christ (“J’étais un étranger et vous m’avez accueilli”). »

Pour M. Dandrieu, le risque réside dans le fait que « l’Eglise participe à plonger (l’Europe, NDLR) dans le chaos et l’anarchie, sans profit pour personne, car les migrants n’y trouveront aucun secours si le continent ne possède plus ni stabilité, ni prospérité », que l’Eglise « contribue à se marginaliser encore davantage en favorisant la progression en Europe d’un islam conquérant, et qu’elle se coupe encore plus profondément des populations européennes, qui sentent leurs souffrances ignorées au profit d’une attention exclusive donnée aux migrants, et qui s’indignent de voir que leurs inquiétudes quant à leur avenir et à celui de leur civilisation sont balayées d’un revers de main comme autant de “crispations identitaires” ».

Or, le plus regrettable est que ces inquiétudes identitaires pourraient constituer, d’après l’auteur, « un formidable terreau pour cette nouvelle évangélisation à laquelle aspire l’Eglise en Europe, et qui, jusqu’à présent, peine à prendre de l’ampleur : car il faudrait peu de choses pour que cette crise d’identité que traverse l’Europe accouche d’un retour vers le christianisme ». Mais, hélas, « l’Eglise prend ces inquiétudes de haut, adoptant vis-à-vis d’elles le même discours surplombant et moralisateur qu’une caste politico-médiatique pourtant massivement rejetée ».

Une attitude arrogante et stérile que l’on retrouve dans l’essai d’Erwan le Morhedec « Identitaire, le mauvais génie du christianisme ». Laurent Dandrieu dénonce aussi un nouveau catharisme qui prétend exclure de l’Eglise tous ceux qui ne seraient pas assez « purs ».

Dans une interview à Aleteia, M. Dandrieu exprime son souhait : « L’avenir de l’Église en Europe est pourtant clair : plutôt que de dénoncer le catholicisme culturel comme une impasse, admettre qu’il peut être un chemin de conversion qui en vaut bien un autre. Plutôt que d’y voir une nauséabonde crispation, y déceler le signe plein d’espérance que l’âme chrétienne ne se résout pas tout à fait à mourir au sein des populations les plus déchristianisées. Plutôt que de tourner le dos à ces Européens plus attachés à la crèche et au clocher qu’au Christ, aux Annonciations de Fra Angelico qu’à la Nativité elle-même, et à la Passion de Bach plus qu’à l’amour infini du Sauveur pour les hommes, utiliser cet attachement pour la crèche et le clocher, cette émotion suscitée par Bach et Fra Angelico, pour les conduire vers le Christ. »

Un message qui mérite d’être rapidement entendu en France car le temps presse…

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