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Pornographie et crime organisé
En 1986, le Rapport note que la capitale mondiale de la production de matériels pornographiques se trouve dans le sud de la Californie et plus particulièrement à Los Angeles.
La raison en est la même que celle qui attire l’industrie du film « tout public » : la disponibilité des ressources en techniciens et matériels ainsi que le climat. De ce fait, l’industrie pornographique se développe en profitant des moyens abondants créés économiquement pour d’autres fins.
Aujourd’hui, avec la technologie digitale pour la production et Internet comme vecteur de diffusion, la situation a grandement empiré.
Le Rapport de la commission Meese notait déjà le changement en cours, avec la chute du coût de production d’un film pornographique et l’explosion des moyens techniques permettant pratiquement à n’importe qui d’en produire un. La date de ce rapport coïncidait aussi avec le premier tournant dans les moyens de distribution, passant de la salle de cinéma à la cassette vidéo. Avec l’arrivée du CD puis du DVD, lisibles sur ordinateur, et de la diffusion via Internet, c’est encore un autre pas qui a été franchi, faisant virtuellement entrer la pornographie dans tous les foyers, à la portée d’enfants de moins de dix ans.
Au-delà de ces changements qui aggravent le problème de façon dramatique, le Rapport souligne un point important valable encore en partie : la fabrication de films pornographiques et l’ensemble de cette industrie se différencient des autres activités économiques « normales » par un caractère souterrain qui perdure. Ne serait-ce qu’un caractère d’économie souterraine, échappant en grande partie aux contrôles. Mais ce n’est pas tout.
Bien que l’industrie pornographique dans son ensemble maintienne certains liens de proximité avec, par exemple, la presse masculine appartenant aux grands groupes de presse, ou encore avec des chaînes de télévision qui diffusent des programmes à caractère sexuel plus ou moins prononcé ou qui vont même jusqu’à diffuser des films pornographiques, ces liens sont secondaires.
C’est dans le monde souterrain qui frôle le crime, qui le croise et avec qui il trace parfois aussi sa route, que plongent les vraies racines de l’industrie pornographique mondiale.
Le Rapport de la commission Meese n’a pas hésité à l’affirmer en 1986.
Si l’on songe à l’explosion mondiale de la production pornographique des vingt dernières années avec, entre autres, l’arrivée des productions venues des pays de l’ex-bloc soviétique, cela représente un secteur d’activité économique qui demeure dans l’ombre, qui agit en grande partie de façon souterraine et qui côtoie, selon les pays, la prostitution forcée, la traite de femmes et de mineurs, le trafic de drogue, l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent, les réseaux du crime organisé.
Déjà, quelques années auparavant, un rapport du FBI annexé au Rapport de la commission Meese avait fourni une information détaillée sur plusieurs liens entre l’industrie de la pornographie et le monde souterrain du crime organisé. L’Atorney General Edwin Meese a ainsi pu écrire que, suite à toutes les enquêtes menées et à l’audition d’un grand nombre de témoins, « nous sommes convaincus qu’une telle connexion existe ».
Source : Benoît Bemelmans, Violence et pornographie : les ravages

