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L’influence de la télévision sur l’initiation sexuelle des adolescents


Une étude intitulée « Watching Sex on Television Predicts Adolescent Initiation of Sexual Behavior » (Regarder à la télévision des émissions à caractère sexuel est annonciateur de l’initiation de l’adolescent à un comportement sexuel) a été menée par le Dr Rebecca L. Collins et ses confrères23, et publiée en 2004 dans le journal Pediatrics, organe officiel de l’Association américaine de Pédiatrie24.

Cette étude a été réalisée par des chercheurs travaillant pour le RAND à Santa Barbara en Californie ainsi que par un membre de l’Université de Californie. Le RAND est un organisme de recherche privé dont la qualité des travaux est reconnue : un nombre important de scientifiques s’y étant associés à un moment donné de leur carrière ont obtenu le prix Nobel dans différents domaines.

Constat et hypothèse de départ

Cette étude part du constat que l’activité sexuelle des adolescents est aujourd’hui un fait de société préoccupant. Une enquête montre que la majorité des mineurs actifs regrettent de ne pas avoir attendu plus longtemps avant leur premier rapport. Les données disponibles indiquent que les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses précoces sont plus fréquentes chez les jeunes qui entament une activité sexuelle plus tôt.

L’exposition de la sexualité à la -télévision est-elle un facteur d’incitation pour les jeunes ?

Il y a un certain nombre d’éléments connus, aussi bien physiques que sociaux, qui permettent de prévoir l’âge du premier rapport. Mais il existe aussi des indices sérieux pour penser que la télévision puisse accélérer l’initiation sexuelle. Le comportement sexuel est fortement influencé par la culture, et la télévision est une partie intégrante de la culture des adolescents.

Aux États-Unis, les jeunes la regardent en moyenne environ 3 heures par jour. Selon des mesures scientifiques, au cours de la saison 2001-2002, les messages à caractère sexuel sont fréquents : on les trouve dans 64% de l’ensemble des émissions et, parmi celles-ci, on compte 4,4 scènes ayant un caractère sexuel par heure. Le fait de parler de sujets liés à la sexualité est plus fréquent (61% de l’ensemble) que le fait de montrer des images d’une activité sexuelle explicite (31% des programmes). Environ une émission sur sept exhibe directement une scène de rapport sexuel ou la suggère de façon fortement implicite.

Cette haute dose d’exposition est susceptible d’influencer la perception que les adolescents se font de la norme culturelle dans leur milieu. La télévision peut ainsi créer l’illusion que le sexe a plus d’importance dans la vie quotidienne qu’il ne l’a en réalité, et peut promouvoir les rapports sexuels des jeunes qui cherchent à s’identifier à ces modèles sociaux et à copier leur comportement.

Les points sur lesquels les chercheurs se sont penchés

L’étude a concerné 1 792 personnes, entre 12 et 17 ans, et s’est étendue sur un an. Elle a mesuré leur habitude télévisuelle et, par une série de questions s’appuyant sur plus d’une douzaine de facteurs connus pour être associés à l’activité sexuelle, leur comportement dans ce domaine. Les mesures ont été répétées à un an d’écart pour appréhender l’évolution.

Les données déclarées par les adolescents sur ce qu’ils regardent à la télévision ont été croisées avec les mesures scientifiques sur le contenu des programmes.

L’étude a pris en compte et a mesuré l’effet de l’exposition à des images sexuelles d’une part et le simple fait d’en parler d’autre part, ainsi que l’influence de la présentation ou non de dangers, comme la maladie, liés à l’activité sexuelle. En ce qui concerne l’activité des adolescents, elle a établi s’il s’agissait du premier rapport ou d’une progression dans diverses activités sexuelles.

Les résultats

L’étude prouve que plus les adolescents regardent les émissions à caractère sexuel, plus ils sont susceptibles de s’engager tôt dans les rapports sexuels et plus ils vont loin dans diverses pratiques sexuelles. Un an après, ceux qui étaient vierges mais qui ont regardé ces émissions avec assiduité ont une probabilité double d’avoir eu leur premier rapport en comparaison avec ceux qui en ont regardé moins.

Ces programmes de télévision accélèrent donc la décision d’avoir son premier rapport et avancent ainsi l’âge de celui-ci.

Les émissions qui montrent par des images des comportements sexuels ont le même impact accélérateur que celles qui ne font qu’en parler.

Associer l’activité sexuelle à des risques éventuels, comme la maladie, a un effet de frein sur le déclenchement de l’activité sexuelle des adolescents. Ce qui renforce l’idée que la télévision a une influence.

Regarder ces émissions annonce l’initiation sexuelle des adolescents et l’accélère. Au contraire, diminuer la quantité de contenu sexuel ou éviter d’y exposer les mineurs retarde le premier rapport et l’avancée dans les divers agissements sexuels.

Le fait que les images et les discours produisent le même effet n’est pas surprenant. Les connaissances sociologiques – notent les chercheurs – indiquent que les informations sur un comportement sont glanées aussi bien dans ce que disent les autres que dans ce qu’ils font. Les deux signifient l’approbation sociale de l’activité en question. Les deux affectent la perception des normes en vigueur et donc le comportement.

Source : Benoît Bemelmans, Violence et pornographie : les ravages