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Violence et pornographie : les ravages


La plupart des médecins, psychologues et éducateurs qui se penchent sur le problème de l’influence nocive de la télévision sur les enfants sont unanimes à recommander que les enfants ne soient pas laissés seuls devant le petit écran, mais que les parents le regardent avec leurs enfants et dialoguent avec eux sur ce qu’ils voient, expliquant entre autres la différence entre fiction et réalité.

Mais cette recommandation est-elle réaliste ? Les parents regardent-ils la télévision avec leurs enfants ?

Une étude (*), publiée en juillet 2004 par la revue médicale américaine Pediatrics, a été menée sur ce sujet par une équipe de médecins de la région de Washington travaillant dans trois établissements différents, tous consacrés à la pédiatrie. Un échantillon de plus de mille parents amenant leur jeune enfant pour soins a accepté de participer à l’étude et a répondu à une enquête détaillée.

Les questions abordées incluaient le temps d’exposition de leur plus jeune enfant à des jeux vidéos, à la télévision et à des cassettes vidéos; la limitation qu’ils imposaient à leur enfant dans ces domaines; la fréquence avec laquelle ils regardaient la télévision avec leur enfant et combien de fois ils estimaient que leur enfant voyait « des bagarres, l’usage d’armes ou d’autres types de violence à la télévision ».

 

Tout d’abord, concernant leur enfant en bas âge, 25% des parents ont déclaré que, conscients des recommandations des pédiatres à ce sujet, ils ne laissaient pas leur enfant devant la télévision.

Pour ceux qui regardaient la télévision, 53% des parents affirmaient toujours « limiter à leur enfant la vue de la violence à la télévision ». Cependant 73% étaient convaincus que leur enfant voyait de la violence à la télévision au moins une fois par semaine, que ce soit par défaut de vigilance de leur part ou bien en dehors du domicile (chez un voisin, par exemple). Pratiquement la totalité des parents qui limitent l’exposition à la violence se préoccupent aussi de limiter les émissions à caractère sexuel ; mais le contraire n’est pas vrai : 81% des parents déclarent limiter « souvent » ou « toujours » l’assistance à des émissions de télévision à caractère sexuel pour leur plus jeune enfant, alors qu’ils ne sont que 53% à le faire pour la violence.

Seulement 45% des parents déclarent regarder « souvent » ou « toujours » la télévision avec leur jeune enfant, ce qui correspond aux résultats d’autres études constatant que moins de la moitié des parents déclarent accompagner leur enfant lorsqu’il regarde la télévision.

Encore plus grave, selon d’autres études, environ un quart des enfants de moins de deux ans, un tiers des enfants à l’école élémentaire et plus de la moitié pour les enfants plus âgés ont une télévision dans leur chambre !

Les auteurs de l’étude comparent aussi leurs résultats avec ceux d’autres études. Ils citent notamment, et de façon élogieuse, le rapport « Enfance et Médias » publié par la Fondation Kaiser Family46 qui établit que, parmi les enfants âgés de huit ans et plus, 61% déclarent que leurs parents n’ont établi aucune règle en ce qui concerne l’assistance à la télévision. D’une façon générale, les enquêtes menées auprès des enfants révèlent des critères de contrôle moindres que ceux annoncés par les enquêtes menées auprès des parents.

Dans le rapport de la Fondation Kaiser cité ci-dessus, les résultats indiquent que les enfants au-dessus de sept ans ne voient pratiquement jamais la télévision avec leurs parents et parmi les enfants les plus jeunes, entre deux et sept ans, 81% d’entre eux regardent la télévision alors que leurs parents sont occupés à autre chose.

Les auteurs de l’étude concluent que si l’on veut augmenter l’efficacité du contrôle éducatif des parents, il sera nécessaire de les y encourager et de les aider par une information adéquate, laquelle commence par la mise à la disposition des pédiatres d’instruments de travail dans ce sens pour qu’ils puissent conseiller à l’avance les parents.

Les conclusions scientifiques faisant un lien entre l’exposition aux médias et les conséquences négatives qui en résultent doivent amener les pédiatres à préconiser les mesures suivantes : – pas de télévision dans la chambre des enfants; – accompagner tout usage des médias (télévision, jeux vidéos, Internet); – limiter l’exposition aux médias en général à une heure par jour; – développer un regard critique sur les médias en se souvenant que l’enfant a tendance à confondre fiction et réalité.

Il convient également de former davantage les pères de famille : ils ont du retard par rapport aux mères dans la connaissance des méfaits des médias sur leurs enfants. Et il serait utile d’y associer aussi les grands-parents, les faisant participer aux règles établies à la maison pour qu’elles soient aussi suivies pendant les vacances.

(*) « Children’s Violent Television Viewing : Are Parents Monitoring ? », Pediatrics Vol. 114, n° 1, juillet 2004, pp. 94-99. Etude réalisée par les Dr : Tina L. Cheng, Ruth A. Brenner, Joseph L. Wright, Hari Cheryl Sachs, Patricia Moyer, et Malla R. Rao; Department of General Pediatrics and Adolescent Medicine, Children’s National Medical Center, Washington, DC ; Children’s Research Institute, Washington, DC; George Washington University School of Medicine, Washington, DC; National Institutes of Child Health and Human Development, Department of Health and Human Services, Bethesda, Maryland; Department of Emergency Medicine, Children’s National Medical Center, Washington, DC; Coleman, Sachs, and Thillairajah Pediatrics, Rockville, Maryland.

Source : Benoît Bemelmans, Violence et pornographie : les ravages

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